PROVOST Georges 2022
Maître de conférences d’histoire moderne à l’université de Rennes 2, Georges Provost consacre ses recherches à l’histoire religieuse de la Bretagne. Il est secrétaire-adjoint d la SHAB.
Publications :
- Georges PROVOST, Louis ÉLÉGOËT (dir.), Le Folgoët. Sanctuaire d’exception, Spézet, Coop Breizh, 2019
- Georges PROVOST, Gauthier AUBERT (dir.), Rennes, 1720. L’incendie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2020.
- Il a également contribué à : Jean-Yves ANDRIEUX (dir.), La cathédrale de Rennes. VIe-XXIe siècle : un panthéon religieux pour la Bretagne, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2021.
Il est intervenu au congrès 2022 de la SHAB à Carhaix sur le sujet suivant :
Carhaix, cité religieuse aux XVIIe et XVIIIe siècles ?
Traiter de la vie religieuse à Carhaix aux deux derniers siècles de l’Ancien Régime, c’est d’abord décrire un équipement religieux très classique : une collégiale et une paroisse, à la fois distinctes et imbriquées ; un unique couvent médiéval, avant que le XVIIe siècle n’amène tour à tour les Ursulines (1644), les Augustines, puis les Carmes déchaussés ; des confréries traditionnelles doublées, à partir de la mission du père Maunoir en 1674, par une « congrégation » dévote qui perdure jusqu’à la Révolution.
À beaucoup d’égards, un tel tableau vaudrait pour toutes les petites villes bretonnes d’Ancien Régime ; mais à Carhaix, l’enquête peut être menée au prisme de deux questions plus spécifiques : 1/ les deux églises, les communautés régulières et les confréries permettent-elles de (re)donner à Carhaix une fonction de commandement sur le territoire alentour ? 2/ comment le « tonus » religieux de la cité s’articule-t-il avec les particularités culturelles du futur « centre-Bretagne » ?
Le texte de sa contribution est paru dans le tome CI (2023) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 107-136.
KERNÉVEZ Patrick 2023
Maître de conférences en histoire médiévale à l’Université de Bretagne Occidentale.
Publications :
- Patrick KERNÉVEZ, Les fortifications médiévales du Finistère, mottes, enceintes et châteaux, Rennes, Institut Culturel de Bretagne/Centre Régional d’Archéologie d’Alet, 1997.
- Patrick KERNÉVEZ, « Mottes castrales et châteaux forts du centre Bretagne », dans Yves MENEZ, Thierry LORHO, Erwan CHARTIER-LE FLOCH (dir.), Archéologie en centre Bretagne, Spézet, Coop Breizh, 2015, p. 158-171.
- Patrick KERNÉVEZ, « Mottes, manoirs et châteaux : au-delà des inventaires archéologiques, l’exemple du Centre Ouest Bretagne », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, t. 127/2, 2020, p. 39-57.
Patrick Kernévez est intervenu au Congrès 2023 de la SHAB à Guérande sur le sujet suivant :
Les enceintes urbaines du Moyen Âge en Bretagne : une enquête en cours
Le texte de sa contribution est paru dans le tome CII des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 446-464.
Patrick Kernévez est également intervenu au congrès 2022 de la SHAB à Carhaix sur le sujet suivant :
Le paysage castral du Pays Centre Ouest Bretagne au Moyen Âge
Une importante prospection inventaire menée par l’archéologue Alain Provost sur plus de 110 communes du centre Ouest Bretagne entre 2002 et 2008 a permis la recension de plus d’une centaine de « résidences élitaires » médiévales. Une classification typologique permet d’y distinguer 15 châteaux de pierre, 43 mottes, 21 maisons fortes, 6 tertres, 21 enceintes médiévales et 35 autres enceintes ou enclos présumés médiévaux. Les manoirs ont été écartés de cette étude. Si le nombre peut paraître impressionnant, l’histoire des sites est souvent mal connue.
Nous n’avons fréquemment de ces châteaux qu’une vision fragmentaire et il convient de rappeler qu’ils ne représentent qu’une fraction des « résidences élitaires » où prédominaient probablement les manoirs, y compris pour les lignages les plus importants.
Le texte de sa contribution est paru dans le tome CI (2023) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 81-106.
ÉVEILLARD Jean-Yves 2022
Maître de conférences d’histoire ancienne (ER) à l’Université de Bretagne Occidentale.
Publications :
- Jean-Yves ÉVEILLARD, L’Armorique antique. Aremorica antiqua, Morlaix, Skol Vreizh, 2013.
- Jean-Yves ÉVEILLARD, Les voies romaines en Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2016.
Il est intervenu au congrès 2022 de la SHAB à Carhaix sur le sujet suivant :
Carhaix antique
Le nom de la ville antique de Carhaix, Vorgium, nous est connu par deux documents : la borne milliaire de Maël-Carhaix, datée du règne de l’empereur Septime-Sévère (202-211), et la Table de Peutinger, une carte du monde romain de l’époque du Bas-Empire (IIIe-IVe siècles) parvenue jusqu’à nous par un manuscrit médiéval. L’étymologie de ce nom, qui fait référence à un « ouvrage fortifié », reste énigmatique. La ville romaine naît sous l’empereur Auguste, au tournant de notre ère. En même temps que la ville, se développe autour d’elle un réseau routier qui en fait comme le centre d’une toile d’araignée qui couvre tout l’ouest de la Bretagne.
Son principal monument connu est un aqueduc construit au début du second siècle de notre ère, doublé par un second aqueduc plus long (27 km) à la fin du même siècle ou au début du suivant. Au Bas-Empire, la ville ne s’entoura pas de remparts comme les autres chefs-lieux de cité armoricains. Cependant, la construction au IVe siècle d’habitations luxueuses comme la domus de l’hôpital, montre que des notables continuaient d’y vivre et que la ville jouait toujours le rôle d’une capitale.
Le texte de sa contribution est paru dans le tome CI (2023) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 23-34.
HAMON Thierry 2022
Historien du droit, maître de conférences (HDR) à l’Université de Rennes, directeur honoraire de l’antenne de la Faculté de droit délocalisée à Saint-Brieuc, officier dans l’ordre des Palmes académiques. Ses travaux portent sur les institutions et le Droit breton : Coutume de Bretagne, œuvre de Bertrand d’Argentré, figure emblématique d’Yves Heloury, histoire des relations du travail dans le cadre des anciennes corporations d’arts et métiers bretonnes.
Il est intervenu au congrès 2022 de la SHAB à Carhaix sur le sujet suivant :
Le breton juridique
En dépit du fameux article 11 de l’ordonnance de Villers-Cotterêts d’août 1539 imposant de rédiger à l’avenir en « langaige maternel françois » tous « arrestz [… des] courts souveraines ou autres », la langue bretonne ne disparaît pas, loin s’en faut, du monde du droit, dans la moitié occidentale de la péninsule armoricaine : le simple bon sens suffirait à justifier cette affirmation, dans la mesure où le droit est, par nature, au cœur des interactions humaines, et que l’immense majorité de la population de l’ouest de la Bretagne ne parle, jusqu’au début du XXe siècle, que le breton.
Que ce soit dans le domaine de la répression pénale ou celui des relations civiles, les professionnels du droit doivent donc, pendant longtemps, traduire en cette langue les concepts juridiques tirés de la Coutume, des ordonnances royales, du droit romain, puis, à partir de la Révolution, des lois et des codes napoléoniens.
Le texte de sa contribution est paru dans le tome CI (2023) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 427-459.
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Thierry Hamon est également intervenu au congrès 2021 de la SHAB à Rennes sur le sujet suivant :
Un siècle d’histoire du droit et des institutions en Bretagne
1. La structuration universitaire de la recherche en histoire du droit et des institutions bretonnes, au travers de l’enseignement de l’histoire du droit à la faculté de droit de Rennes : deux personnages centraux dominent cette période : les professeurs Durtelle de Saint-Sauveur (dont Marie-Yvonne Crépin a retracé la carrière dans un article des Mémoires de la SHAB) et Bréjon de Lavergnée.
Toutefois, cette communication me permettra également d’évoquer l’œuvre de Marie-Yvonne Crépin et de rendre aussi un discret hommage aux recherches de Christiane Plessix-Buisset, car elles ont toutes deux assumé à titre principal l’héritage intellectuel des historiens du droit breton. Sera également abordée la création du DES, puis du DEA d’histoire du droit, qui contribuèrent puissamment à dynamiser la recherche en histoire du droit breton, par la rédaction des mémoires qu’ils ont suscités.
2. Les grandes lignes des thématiques de la recherche en histoire des institutions et du droit breton. Quelques aspects particuliers seront développés.
Le texte de sa contribution est paru dans le tome C (2021) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 585-607.
BROUDIC Fañch 2025
Fañch Broudic a été producteur et journaliste dans le service public de l’audiovisuel. Sur France 3, il a lancé le journal en breton An taol-lagad, a été rédacteur en chef de France 3 Iroise à sa création et responsable des émissions en langue bretonne.
Docteur ès-lettres pour une thèse consacrée à « La pratique du breton de l’Ancien Régime à nos jours » (Presses universitaires de Rennes, Rennes, 1995), il a publié de nombreux ouvrages et articles au carrefour de la sociolinguistique et de l’histoire. Il est chercheur associé au Centre de recherche bretonne et celtique (Université de Bretagne Occidentale, Brest). Blog : www.langue-bretonne.org
La limite linguistique entre Haute et Basse-Bretagne, usages des langues et représentations
Fañch Broudic et Anne Diaz ont présenté une communication sur ce sujet lors du congrès de la SHAB à Loudéac en septembre 2024.
La plus ancienne carte figurant la démarcation entre la Haute-Bretagne gallésante et la Basse-Bretagne bretonnante est parue dans L’histoire de Bretaigne de Bertrand d’Argentré en 1588. Le tracé établi par Paul Sébillot trois siècles plus tard, en 1885, est perçu comme en ayant été la limite intangible.
En réalité, elle n’a jamais cessé de reculer vers l’ouest, sur une dizaine de kilomètres dans le nord depuis le début du XIXe siècle, sur 30 à 40 dans le sud. Elle est aujourd’hui une frontière désagrégée, bien que toujours ressentie comme telle.
En effet, la différence linguistique a pendant longtemps été un facteur essentiel de différenciation entre les populations bretonnantes et gallésantes vivant de part et d’autre de cette limite mouvante. C’est ainsi que se sont sédimentées au fil du temps des représentations stéréotypées des deux groupes linguistiques et des deux langues en présence.
Les perceptions des langues et des personnes sont entremêlées : à des représentations négatives du gallo correspond une image souvent peu flatteuse des Hauts-Bretons, tandis que le breton et les Bas-Bretons bénéficient d’une image plus positive.
BROUDIC Fañch 2022
L’emploi officiel du breton de la Révolution française au milieu du XX e siècle
Fañch Broudic est intervenu au congrès 2022 de la SHAB à Carhaix sur ce sujet.
L’une des idées les mieux reçues relatives à la langue bretonne est celle de l’interdit dont elle aurait été frappée tout au long de l’histoire. Il n’empêche que depuis la Révolution française, les pouvoirs publics et les autorités locales ont dû tenir compte de la pratique généralisée de la langue en Basse-Bretagne. Sous la Révolution, le breton devient pour la première fois langue de la politique.
Un siècle plus tard, le préfet des Côtes-du-Nord reconnaît qu’il est nécessaire de choisir dans toutes les administrations des agents « parlant le dialecte local » pour exercer leurs fonctions. L’administration elle-même s’exprime en breton en situation de crise . Quelle est la teneur de ces documents et qui sont les émetteurs et les cibles des informations qui ont été diffusées ?
Le texte de sa contribution est paru dans le tome CI (2023) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 525-554.
MOREL Vincent 2022
Historien de formation, il a effectué de nombreuses collectes sur les traditions orales de Haute-Bretagne, notamment entre 1992 et 2006. Chanteur et violoneux, il a œuvré à la transmission des pratiques musicales et vocales tirées de ces collectes, notamment au sein des association La Bouèze et L’Épille. Il est aujourd’hui conservateur au sein de l’association Dastum, responsable des fonds et des publications pour la Haute-Bretagne.
Il est intervenu au congrès 2022 de la SHAB à Carhaix sur le sujet suivant :
Chant de tradition orale en Haute-Bretagne: français ou gallo ?
Dans le mouvement revivaliste des traditions orales de Bretagne, notamment depuis les années 1970, on entend souvent parler du « chant gallo », expression qui semble désigner au premier abord un corpus de chant « en gallo ». À y regarder de plus près, l’expression désigne en réalité l’ensemble des chants de tradition orale recueillis en pays gallo, ou « Haute-Bretagne ». Il se trouve que ces derniers, mêmes lorsqu’ils ont été enregistrés auprès de gallésants de naissance, sont en grande majorité des chants en français. Si la question n’a fait l’objet d’aucune étude statistique à ce jour, l’abondance des collectes effectuées depuis le XIXe siècle et les enregistrements sonores effectués depuis les années 1960, permettent d’envisager un état des lieux conséquent.
Le texte de sa contribution est paru dans le tome CI (2023) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 579-600.
CHALOPIN Michel 2022
Professeur des écoles à la retraite. Docteur en histoire.
Publications :
- Michel CHALOPIN, L’enseignement mutuel en Bretagne – Quand les écoliers bretons faisaient la classe, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011.
- Michel CHALOPIN, « Les notables et l’école en Bretagne de 1828 à 1850 », Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. XCIII, 2020, p. 385-409.
Il est intervenu au congrès 2022 de la SHAB à Carhaix sur le sujet suivant :
Écrire en gallo dans les journaux avant la Seconde Guerre mondiale : quels enjeux ?
Jusqu’ici, à notre connaissance, il n’existe aucune étude historique d’importance sur les textes écrits en gallo dans plusieurs titres de presse locale avant le début de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, cette présence du gallo dans la presse témoigne est attestée à une période où les journaux se diffusent plus largement dans les campagnes. Quelles sont donc les raisons qui ont conduit des auteurs à écrire dans une langue de tradition essentiellement orale ?
Le texte de sa contribution est paru dans le tome CI (2023) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 555-578.
CALVEZ Ronan 2022
Ronan Calvez est professeur de langue et littérature bretonnes à l’Université de Bretagne occidentale, directeur du CRBC (Centre de recherche bretonne et celtique) de 2017 à 2021. Ses recherches et ses enseignements portent sur la sociolinguistique du breton et la littérature en breton, principalement celle des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles.
Publications :
- Ronan CALVEZ, « De l’oral à l’écrit. La littérature orale du breton », Celtic Forum, The Annual Reports of Japan Society for Celtic Studies, no 22, octobre 2019, p. 16-23.
- Ronan CALVEZ, Estelle BOUDILLE, « La clef des chants. Les chansons de l’opéra-comique An Douvçz reuzidik à làouën », Littératures classiques. Le “théâtre provincial” en France (xvie-xviiiesiècle), dans Bénédicte LOUVAT, Pierre PASQUIER (dir.), Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2018, p. 249-264.
Il est intervenu au congrès 2022 de la SHAB à Carhaix sur le sujet suivant :
La production manuscrite bretonne du XVIIIe siècle. Sur une traduction en breton d’un conte des Mille et un jours
Dans le fonds celtique et basque de la Bibliothèque nationale de France se trouve un manuscrit qui détonne par rapport aux autres pièces conservées, principalement religieuses : « Mystère du prince Fadlala ». Dans l’épilogue, la source est explicitement donnée : cette « tragédie » est l’adaptation, en alexandrins, d’un conte en prose extrait du second tome des Mille et un jours, publiés en 1710-1712 par François Pétis de La Croix.
Quelle place trouve cette création dans la littérature en breton du XVIIIe siècle et que nous dit-elle de la production manuscrite bretonne du même siècle ?
Le texte de sa contribution est paru dans le tome CI (2023) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 464-488.
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Il est également intervenu au congrès 2021 de la SHAB à Rennes sur le sujet suivant :
De la dialectologie à la sociolinguistique. Une histoire des études scientifiques sur la langue bretonne
Le breton a toujours été le parent pauvre des études celtiques. À cet état de fait, plusieurs raisons. La principale tient sans doute aux représentations négatives associées à la production littéraire en langue bretonne d’avant le premier tiers du XIXe siècle – quand ce n’est pas d’avant le premier tiers du XXe siècle – : pas de textes en vieux-breton, une littérature religieuse « pitoyable » (le mot est de Christian-J. Guyonvarc’h), une langue littéraire corrompue par le français – un « jargon mixte » selon La Villemarqué et ses disciples.
Le breton n’est pas une science ; la dialectologie, la sociolittérature ou la sociolinguistique le sont, et elles ont été utilisées pour entendre la langue bretonne et ses productions écrites ou orales. Ces dernières ont donc fait l’objet d’analyses scientifiques dans différentes revues, internationales, nationales ou régionales.
Dans les Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, quelle place les études sur la langue bretonne tiennent-elles ?? Une évolution des thématiques se dessine-t-elle ? Cette évolution est-elle différente de de ce qui se devine dans d’autres revues – la Revue celtique, les Annales de Bretagne ou encore le Bulletin de la Société archéologique du Finistère ?
Autrement dit : pourquoi ce qui s’est écrit du breton s’est-il écrit ?
Le texte de sa contribution est paru dans le tome C (2021) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 115-130.
La correspondance d’Anne de Bretagne : une contribution majeure à l’histoire du duché de Bretagne et du royaume de France
Michel NASSIET, Anne de Bretagne, Correspondances et itinéraire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Mémoire Commune », 2022, 394 p.
Il s’agit de l’ouvrage le plus important publié sur la duchesse-reine Anne depuis de nombreuses années et, à son tour, il informera et stimulera de nombreux champs de recherche différents. Il fournit avant tout la plus importante collection publiée à ce jour de la correspondance personnelle d’Anne en tant que duchesse de Bretagne (1488-1491)puis en tant que reine de France (1491-1514), c’est-à-dire la&n correspondance active — lettres closes, missives — par opposition aux lettres patentes, mandements et autres actes administratifs émis en son nom, ainsi qu’une liste complète des lettres entrantes similaires connues, formant la correspondance passive, qui lui ont été adressées directement par des papes, des rois et des reines et d’autres personnes, dont une sélection est également entièrement éditée.
Très jeune, Anne veut garder la maîtrise de son destin
Pour les premières années tumultueuses de son règne en tant que duchesse, seules quinze lettres personnelles d’Anne ont survécu ainsi que six lettres reçues qui ont toutes été publiées dans leur intégralité, alors que trois des lettres d’Anne et trois des lettres reçues ne l’avaient jamais été (p. 71-102). La précocité et les talents intellectuels et pratiques d’Anne sont évidents dès le début, lorsque, âgée de seulement 11 ou 12 ans, elle commence à signer et à ajouter des notes autographes à sa correspondance.
Ces premiers documents comprennent, par exemple, ce que l’on peut considérer comme la lettre unique la plus importante sur les affaires politiques qu’Anne ait laissée, un très long compte rendu personnel adressé au Grand Maître et Grand Écuyer d’Angleterre, récemment arrivé dans le duché avec 6 000 hommes de troupe envoyés par Henri VII, sur les événements de l’hiver 1488-1489 où elle était menacée de mariage avec son lointain cousin sexagénaire Alain d’Albret et sur la révolte des grands nobles, menée par Jean, sire de Rieux (no XIII, redaté de façon convaincante du 22 mai 1490 au 22 mai 1489, p. 78-90). On y trouve, entre autres, une description vivante des insultes, des menaces physiques et des dangers qu’elle avait affrontés en janvier 1489, et de l’aide qu’elle avait reçue de son cousin, Jean de Chalon, prince d’Orange, pour garder la maîtrise de son destin.
Pour son règne de reine, un catalogue énumère brièvement 410 lettres missives (p. 103-148). Il est suivi de l’édition de 110 d’entre elles, dont la moitié environ n’a pas été publiée auparavant, tandis que d’autres l’avaient été, parfois de manière incorrecte, dans des publications très dispersées et souvent difficilement accessibles (p. 149-250). On y trouve toutes les lettres olographes d’Anne qui ont survécu (malheureusement seulement neuf), datant de 1504, 1510 et 1513, dont huit sont également reproduites en fac-similé, ce qui nous permet de juger de l’impressionnante fluidité et du caractère personnel de son style écrit.
Plogoff : une lutte au bout du monde
Jean MOALIC, Gilles SIMON, Fañch LE HENAFF (coord.), Plogoff, une lutte au bout du monde, Châteaulin, Locus Solus, 2021, 175 p.
Quarante ans après l’abandon par le nouveau pouvoir de gauche du projet de construction d’une centrale nucléaire à Plogoff (Finistère) — le décret d’abrogation de la déclaration d’utilité publique date du12 décembre 1981 —, un collectif d’auteurs, rassemblé par l’Association Plogoff mémoire d’une lutte/Memor Stourm Plougoñ publie un bel ouvrage sur cette mobilisation dans le cap Sizun qui s’est déroulée de 1976 à 1981 et qui a connu son acmé le 24 et 25 mai 1980 en rassemblant plus de 100 000 opposants à la baie des Trépassés.En effet, c’est autant un album richement illustré de cartes, d’affiches militantes liant les combats de Plogoff et ceux du Larzac (en Aveyron, 1980), de photographies (en noir et blanc et en couleurs) souvent inédites, d’articles de presse, de papillons, de badges et d’autocollants qu’un livre sur le combat antinucléaire et ses nombreuses facettes. Entretenir la mémoire de ce conflit et en rappeler l’histoire n’est pas le seul objectif affiché puisque la dernière partie se prolonge jusqu’à nos jours : « Plogoff, un souffle pour les luttes contemporaines (1981-2021) ».
Les témoignages des acteurs, les travaux des chercheurs
Gilles Simon, un des maîtres de l’ouvrage, auteur d’une thèse de sciences politiques publiée aux Presses universitaires de Rennes en 2010, Plogoff. L’apprentissage de la mobilisation sociale, dont les Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne avaient rendu compte en 2011 (p. 510-517), analyse les mobilisations ultérieures en Bretagne renvoyant aux combats récents, de Notre-Dame-des-Landes près de Nantes au centre de stockage des déchets de Bure dans la Meuse. À La Plateforme de Porsmoguer — site du Léon un temps envisagé pour y construire la centrale — du 6 décembre 1975 qui fédère de fait les comités régionaux et locaux d’information nucléaire (CRIN et CLIN), chargés de sensibiliser la population aux dangers de l’atome civil, répond l’Appel de Plogoff du 30 août 2020 montrant que les opposants des années 1970n’ont pas baissé les bras. En effet, se mêlent les témoignages ou les œuvres d’acteurs très engagés dans le combat antinucléaire, tels Jean Moalic ou le graphiste Fañch Le Henaff à l’initiative de cette publication, et les travaux de chercheurs.
L’ouvrage est structuré en six parties composées de courts textes de nature différente et d’illustrations insistant sur les dimensions régionale, écologique et citoyenne de Plogoff. Gilles Simon et Jean Moalic resituent d’abord l’histoire de Plogoff à partir de la décision du gouvernement de Pierre Messmer (mars 1974) mise en œuvre par Valéry Giscard d’Estaing de doter la France d’un réseau de centrales nucléaires pour répondre aux effets économiques du premier choc pétrolier. Dès lors, EDF doit chercher des sites (deux en Bretagne dont un en Loire-Atlantique). À partir de 1974, une dizaine de sites, préprojets et projets, sont successivement envisagés en Bretagne historique déclenchant les premières oppositions fortes comme à Erdeven dans le Morbihan, avant de se fixer sur le site de Plogoff où la mobilisation commence en 1976 et au Pellerin près de Nantes.
Le site de Feunteun Aod, entre nature et mémoire
En décalage, pariant sur une population qui paraît indifférente, les assemblées régionales et départementales (de droite) des deux régions se rallient à ces projets de l’État quand les élus locaux (les deux maires de Plogoff, Jean-Marie Kerloc’h, PS, puis Amélie Kerloc’h, et les militants écologistes d’Evit Buhez ar C’hab s’y opposent dans une période de forte conflictualité sociale et politique. C’est d’abord une histoire de rébellion qui est rappelée dans un utile éclairage historique de Serge Duigou sur la Révolution : de 1793 à 1799, marins et jeunes hommes du cap Sizun, du district de Pont-Croix, préfèrent déserter plutôt que de s’enrôler pour défendre la République. À Plogoff comme ailleurs, on cache les déserteurs, révolte larvée contre les autorités, ce qui fait dire à l’auteur : « Si les pouvoirs publics de la Cinquième République avaient connu l’histoire, ils se seraient peut-être méfiés… ». Tudi Kernalegen, spécialiste entre autres de cette question, retrace brièvement l’histoire de « l’émergence de l’écologie politique en Bretagne (1967-1984) ».
La deuxième partie « Entre nature et mémoire » est centrée sur le site même de Feunteun Aod sur lequel la centrale devait être édifiée. Le militant écologiste et naturaliste François de Beaulieu souligne la richesse de la flore et des écosystèmes de la lande, ainsi que la menace de disparition d’une espèce d’oiseaux, les craves à bec rouge, même s’il reconnaît que ce ne fut pas la motivation principale des opposants. Jean Moalic, animateur d’Evit Buhez ar C’hab et responsable du Groupement foncier agricole (GFA) qui a acheté les terres du site pour y installer des moutons et deux bergeries, se souvient de son installation et de la beauté de la lande de Plogoff. Sur ce projet, la jonction s’est opérée avec les éleveurs du Larzac qui mènent depuis 1973 un combat comparable contre l’extension d’un camp militaire qui connaîtra la même issue qu’à Plogoff. Deux jeunes pêcheurs côtiers d’aujourd’hui témoignent de leur choix professionnel de rester au pays en dépit des difficultés du métier. L’écrivain bigouden Pierre Jakez Hélias dans « La boutique du monde », un beau texte non daté évoquant le cap Sizun, manie l’ironie à l’encontre de décideurs qui ne s’intéressent guère aux aspirations d’habitants attachés à leur pays.