La correspondance d’Anne de Bretagne : une contribution majeure à l’histoire du duché de Bretagne et du royaume de France
Des sources complémentaires
La correspondance passive de la reine fournit soixante autres lettres (p. 251-320) et quatre autres documents ont été ajoutés en tant que « Sources complémentaires ». Il s’agit notamment de sa très importante déclaration devant notaire du 8 décembre 1488 (une habitude qui remonte à son arrière-grand-père, Jean IV, qui l’avait contractée plus d’un siècle auparavant, lorsqu’il avait été confronté à des contraintes similaires au moment de prendre des décisions politiques difficiles). Elle y déclare que c’est par respect pour son père qu’elle avait consenti au mariage avec Alain d’Albret, mais que, n’ayant pas atteint l’âge légal, l’accord n’était pas valable et qu’elle annule son consentement. Un autre document, daté de la fin avril 1498, peu après la mort de Charles VIII, expose de manière instructive les dispositions qu’elle souhaite mettre en œuvre pour gouverner le duché, avec l’approbation de Louis XII, en désignant de nombreux officiers à nommer ou à confirmer en leur poste (p. 321-337).
L’itinéraire suit (p. 339-365) : c’est un outil précieux qui permet à Michel Nassiet de dater plus précisément de nombreuses lettres de la reine qui ne comportent pas de date d’année. Le volume se termine par les sources, une bibliographie et divers tableaux (secrétaires, lieux d’écriture, dames et demoiselles de la maison de la reine, correspondants, illustrations et une table générale des matières, p. 367-394), mais pas d’index détaillé des personnes, des noms de lieux ou des matières, dont le lecteur regrette l’absence, étant donné les nombreuses notes de bas de page, souvent très complètes et riches des informations qui ont été fournies.
Des lettres qui permettront de renouveler les opinions des historiens modernes
Par ailleurs, l’introduction (p. 7-68), outre qu’elle aborde certains aspects techniques de la correspondance, notamment l’instruction et l’écriture de la reine elle-même, y compris l’épineuse question des faux modernes, éclaire différents aspects de sa vie et de son règne, en indiquant de nombreux cas où la connaissance des lettres, désormais accessibles de manière si commode et experte, aurait modifié les récits ou les opinions des historiens modernes. Le contexte politique du n° XIII, par exemple, est non seulement analysé avec talent, mais la manière dont les informations qu’il contient corrigent l’historiographie antérieure est expliquée avec autorité (p. 47-51). La vie de cour et le mécénat, y compris l’intérêt de la reine pour les mariages de ses demoiselles, font naturellement l’objet d’une attention particulière.
En ce qui concerne la vie personnelle et le caractère de la reine (particulièrement mis en évidence par des citations pertinentes de plusieurs ambassadeurs italiens et d’autres observateurs), les informations tirées de la correspondance et de la reconstitution de son itinéraire permettent à M. Nassiet d’établir un nombre précis des grossesses d’Anne et des enfants qu’elle a eus, en fait cinq avec Charles VIII et cinq avec Louis XII, dont seules les filles de ce dernier, Claude et Renée, ont atteint l’âge adulte. Si l’image traditionnelle de la relative éclipse politique d’Anne pendant son mariage avec Charles VIII n’est pas sérieusement remise en cause, certains anachronismes modernes concernant la nature de son autorité et de son influence sur ses deux maris royaux sont exposés, tandis que son importance diplomatique est réévaluée, notamment en ce qui concerne la médiation des traités de paix avec les souverains étrangers (p. 35-45).
En somme, cette édition est une contribution majeure non seulement à l’histoire du duché de Bretagne et du royaume de France, avec des ouvertures sur l’Europe occidentale autour de 1500, mais aussi une étude de cas précieuse sur l’exercice du pouvoir féminin.
Michael JONES
Cette recension a été initialement publiée en 2022 dans le tome CI (2023) des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, p. 674-676.
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