Tous les articles par Fanch Broudic

LE MEUT André 2025

Sonneur de bombarde

Caractéristiques du chant vannetais avec des exemples chantés

Après avoir transcrit pendant des années des milliers d’airs bretons, André Le Meut présente le fruit de ses réflexions à travers de nombreux exemples visuels et sonores rencontrés lors de son travail de valorisation du patrimoine immatériel breton vannetais avec le chercheur-collecteur Donatien Laurent (CRBC), le chanteur-collecteur Loeiz Le Bras (Dastum), le chanteur-collecteur Yann-Fañch Kemener et la collectrice Monique Le Boulch (Radio Bro Gwened).

Venu d’une famille de paysans chanteurs, André Le Meut sonne de la bombarde en couple (bombarde et biniou), duo (bombarde et orgue) et bagad (Roñsed mor de Locoal-Mendon). Il chante aussi avec son père, ses frères, les Kanerion Pleuigner et avec différents musiciens (piano, accordéon).

Titulaire du diplôme d’études musicales, du diplôme d’État puis du certificat d’aptitude à l’enseignement de musiques traditionnelles, ainsi que du diplôme de compétence en langue bretonne, il travaille depuis fin 2005 aux Archives départementales du Morbihan à la valorisation et mise à disposition d’archives manuscrites et sonores relatives à la musique, au chant et à la langue bretonne en pays vannetais.

Le texte de sa contibution paraîtra dans le tome CIV des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne au printemps 2026.

LAGABRIELLE Yves 2025

Géologue, Directeur de recherche honoraire de première classe au CNRS

La sismicité actuelle et historique du Massif armoricain. Estimer l’intensité des tremblements de terre préhistoriques en Bretagne

La sismicité instrumentale est enregistrée continuellement par des appareils modernes calibrés à l’échelle mondiale et organisés en réseaux globaux. La puissance des séismes enregistrés par ces réseaux est appelée Magnitude. La sismicité historique quant à elle représente l’activité sismique déduite de l’analyse des dégâts infligés au bâti et autres structures humaines par les tremblements de terre des temps passés, lorsque les sismomètres n’existaient pas.

La puissance de ces séismes anciens est évaluée selon les gradations d’une échelle d’Intensité sismique épicentrale, de type échelle msk. La sismicité historique s’appuie également sur les écrits anciens relatant des destructions ou décrivant les réactions de la population. De très nombreux malentendus et interprétations erronées viennent de la confusion fréquente faite dans les médias entre Intensité et Magnitude. Nous verrons au cours de l’exposé comment corriger, pour la Bretagne, les erreurs dues à cette confusion.

La sismicité instrumentale du Massif armoricain place cette région dans les zones d’aléas faibles à modérés. Plusieurs séismes récents ont été particulièrement étudiés, comme celui d’Hennebont, le 30 septembre 2002, ce qui permet de comprendre les causes de la sismicité régionale. La sismicité historique de l’Armorique mentionne des événements d’intensité msk faible relativement comparables à ceux de l’époque actuelle (Meucon, 1930 par exemple), mais signale que des événements d’intensité moyenne et potentiellement destructeurs se sont produits dans des régions proches de la Vendée (Bouin, 1799).

On trouve également dans la littérature et dans les médias des références à des séismes historiques prétendus de très forte intensité msk (Vannes, 1289 ; Locmariaquer, 1722) qui aurait pu abattre des menhirs. Pour ces dates, il est intéressant de noter que les catalogues historiques et la banque de données paléosismique européenne ahead ne mentionnent aucun événement dans les villes et régions alentours, ce qui est très surprenant pour des séismes supposés forts. Ces points seront discutés après un rappel simple des principales caractéristiques géologiques des séismes.

Le texte de sa contibution paraîtra dans le tome CIV des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne au printemps 2026.

Le BOUËDEC Gérard 2025

Professeur émérite d’Histoire maritime de l’Université de Bretagne Sud.

Publications

  • Une histoire portuaire, Une nouvelle histoire de Lorient des origines à nos jours (1666-2016), PUR, 2017 (avec Christophe Cérino) ;
  • Lorient et le Morbihan, une histoire de ressentiments et de rivalités (1666-1914), PUR, 2019 ;
  • La presqu’île de Quiberon, le Pays des deux mers (début xviiie siècle-1940), Coop Breizh, 2020 ;
  • Stratégies sociales et matrimoniales des familles des élites lorientaises des origines au milieu du xxe siècle, Lorient, 2021 ;
  • Le littoral, Le passé futur de la Bretagne (avec Yves-Marie Paulet), CRBC, 2023 ;
  • Les compagnies des Indes, Ouest-France, 2024.

La presqu’île de Quiberon, pays des deux mers

Une trajectoire originale, du début du XVIIe siècle aux années 1960.

Délimitation d’un territoire de Plouharnel à Belle-Île : il est difficile d’isoler Quiberon de la presqu’île, coupée tardivement et sans arguments en deux communes. Il est impossible de ne pas prendre en considération un axe de circulation dont le terme est Belle-Île, et il n’est pas possible de faire abstraction que ce territoire s’insère dans les grandes mutations des territoires littoraux depuis au moins le XVIIe siècle.

Il est un territoire d’interface entre l’aire lorientaise et le golfe du Morbihan : cette position implique qu’il soit sur le front des guerres maritimes du milieu du xviie siècle à 1945 et dont les traces sont très visibles (Port-Haliguen/Fort Neuf, Saint-Julien et le Fort de Penthièvre).

Objectif : reconstituer sur le temps long la trajectoire d’un territoire maritime situé au centre d’une zone stratégique, maillon d’un pôle caboteur morbihannais qui a réussi à construire un développement équilibré, à saisir les opportunités de la révolution sardinière et de l’innovation balnéaire, et à développer des villes-ports/stations balnéaires entre deux mers.

Le texte de sa contibution paraîtra dans le tome CIV des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne au printemps 2026.

Fanny Bugnon. L'élection interdite, page 1 de couverture.

La belle biographie de la douarneniste Joséphine Pencalet

Le parcours de Joséphine Pencalet, ouvrière à 13 ans dans une conserverie de sardines de Douarnenez, est resté longtemps méconnu. Si ce n’est qu’elle é été élue conseillère municipale de Douarnenez en mai 1925 sur la liste du maire communiste Daniel Le Flanchec, alors qu’elle n’était ni électrice ni éligible. Elle devient une figure dans la lumière avant de retomber dans l’anonymat.

Se situant dans le cadre de l’histoire du genre, l’historienne Fanny Bugnon restitue au plus près les étapes d’une vie assez ordinaire avec un aller-retour de Douarnenez à Argenteuil. Cette belle biographie d’une « invisible » de l’histoire a été premier prix du livre d’histoire du Festival de Carhaix en 2024. Lire le compte rendu de Christian Bougeard sur ce site, à la page des Livres d’histoire.

Joséphine Pencalet à Douarnenez : la belle biographie d’une « invisible » de l’histoire

Fanny BUGNON, L’élection interdite. Itinéraire de Joséphine Pencalet, ouvrière bretonne (1886-1972), Préface de Michelle Perrot, Paris, Seuil, 2024, 282 p.

L’historienne de l’université Rennes 2 nous donne une solide biographie d’une femme du peuple, Joséphine Pencalet, une ouvrière des conserveries de sardines Amieux Frères de Douarnenez, une sardinière ou Penn Sardin, restée longtemps une inconnue de l’histoire.

C’est d’abord une recherche d’histoire politique car ce sont les élections municipales de 1925 qui projettent brièvement sur le devant de la scène cette ouvrière qui a activement participé à la grève de la fin de 1924, mais aussi d’histoire sociale puisque l’auteure replace Joséphine Pencalet dans son milieu familial au sein de la société maritime originale de Douarnenez et des ports de pêche du Finistère sud des années 1890-1930. Dans le cadre de l’histoire du genre, l’historienne s’appuie sur les travaux les plus récents consacrés à l’histoire des femmes dont sa préfacière Michelle Perrot a été une pionnière.

La vie ordinaire de Joséphine Pencalet dans les enjeux de son époque

Pour retracer la vie de Joséphine Pencalet, qui a laissé peu de traces écrites personnelles, Fanny Bugnon est partie des travaux des historiens de Douarnenez, en particulier ceux de Maurice Lucas, qui le premier a exhumé l’élection de l’ouvrière d’usine, et de Jean-Michel Le Boulanger, complétés d’articles de Jean-Christophe Fichou, spécialiste de l’histoire des conserveries de sardines notamment dans son habilitation à diriger des recherches, non publiée.

De son côté, l’historienne a dépouillé de nombreux fonds des archives publiques de plusieurs villes et départements (du Finistère et de région parisienne), mais aussi du Parti communiste français (PCF) et du Komintern, la troisième Internationale communiste (IC), puisque Douarnenez a élu une municipalité communiste dans l’entre-deux-guerres. En outre, elle a fait appel à la mémoire familiale des descendants de la militante syndicale pour tenter de combler les trous de sa biographie. Si Joséphine Pencalet sert bien sûr de fil directeur, l’historienne replace toujours sa vie ordinaire dans les enjeux politiques, économiques et sociaux de son époque en mobilisant de très nombreux travaux historiques et sociologiques.

Une figure dans la lumière, avant de retomber dans l’anonymat

Fanny Bugnon s’interroge d’abord sur la manière dont Joséphine Pencalet, élue conseillère municipale de Douarnenez en mai 1925 sur la liste du maire communiste Daniel Le Flanchec, est devenue une figure. Elle a alors très brièvement pris la lumière, mise en avant dans la presse et la propagande nationale et régionale du PCF, avant de retomber dans l’anonymat.

La Penn Sardin est redécouverte dans les années 1970 par la mémoire locale, en partie pour des raisons politiques, à partir de l’élection en 1971 de la municipalité de gauche dirigée par le communiste Michel Mazéas. Mais sa figure est à peine évoquée dans les mémoires (On chantait rouge, 1977) de Charles Tillon qui, comme responsable régional de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU), la CGT « unitaire » à direction communiste, a animé la grande grève des Penn Sardin de 1924 et a été lui aussi élu dans la municipalité Le Flanchec en 1925.

Jusqu’aux années 2000, l’ouvrière n’occupe qu’une place assez marginale dans la mémoire locale avant de devenir une sorte d’héroïne mythique incarnant les luttes ouvrières et féminines, d’intéresser les médias, les cinéastes et d’avoir une rue à son nom en 2006, d’ailleurs sans inauguration officielle en 2008 car entre temps la municipalité avait changé de couleur politique.

Les étapes d’une vie assez ordinaire : embauchée à l’usine à 13 ans

Alors que certains ont voulu en faire « une icône féministe », Fanny Bugnon restitue au plus près les étapes d’une vie assez ordinaire. Joséphine Pencalet est née à Douarnenez, le 10 août 1886, dans une famille très nombreuse, douzième enfant sur treize d’un père marin pêcheur et d’une mère ménagère. C’est une ville en plein croissance démographique et économique du fait de l’essor de la pêche, une activité masculine, et de l’industrialisation des « friteries » ou « fabriques », ces conserveries de poisson qui font appel à une main-d’œuvre saisonnière féminine durement exploitée (bas salaires, pénibilité du travail).

Avant 1914, plusieurs crises provoquées par la raréfaction du poisson frappent la pêche et la mono-industrie. Par exemple, en 1903, 3 000 ouvrières sont privées de travail et doivent être secourues. Les grèves sont fréquentes. Il existe des syndicats pour défendre les revendications ouvrières.

Après un an de pensionnat chez les ursulines de Quimperlé, à la mort de sa mère, Joséphine Pencalet a sans doute été embauchée à l’usine en 1899, à 13 ans. Mais aucune source ne permet de suivre son parcours professionnel avant 1928, année où elle est enregistrée comme sardinière chez Amieux.

Pour la jeune bretonne, Argenteuil c’est un changement de vie et d’univers

Le Braspartiate Charles Le Dréau (de profil face à la dame au chapeau, au centre) a présenté les monuments de la commune aux congressistes. Photo DR.

La Société de Mythologie française a tenu son congrès à Brasparts

« Les passages vers l’Autre-Monde : mythes, légendes, rites et représentations populaires » : c’est ce sujet que la Société de Mythologie française a choisi d’explorer lors de son congrès annuel qui s’est déroulé du 8 au 12 juillet et elle a choisi pour cela le site de Brasparts dans les Monts d’Arrée, terre de légendes s’il en est.

Les questions posées étaient multiples. Où se situe l’Autre-Monde ? Est-il au-dessus, en dessous du nôtre ? Quels sont les points de passage qui y conduisent ? Avec ou sans retour ? Des chercheurs, des universitaires, des passionnés venus de France et de Belgique en ont débattus, accompagnés d’artistes de renom. Pour tout savoir sur ce congrès, aller sur notre page Le Journal de l’histoire

Le congrès annuel de la Société de Mythologie française (SMF) s’est tenu dans les monts d’Arrée

C’est à Brasparts, au cœur des monts d’Arrée, dans le Finistère, que la Société de mythologie française (SMF) avait choisi d’organiser son 47e congrès annuel du 8 au 12 juillet dernier, au centre Ti Menez Are. Ce choix n’est pas surprenant puisque les monts d’Arrée sont perçus de longue date comme une terre de légendes.

Cette édition, placée sous le thème « Les passages vers l’Autre-Monde : mythes, légendes, rites et représentations populaires », a réuni des chercheurs, des universitaires et des passionnés venus de France et de Belgique pour explorer les frontières entre notre monde et l’Autre-Monde, à travers les récits, croyances et traditions populaires.

Où se situe l’Autre-Monde ? Est-il au-dessus, en dessous du nôtre ?

Sur le site Calenda (1) les contributeurs étaient invités à étudier les mythes, légendes, contes, rites ainsi que les différentes formes de littérature ou d’art populaire (y compris peinture, chants, danses, poésies, prières…) relatives aux passages du monde où nous vivons vers « l’Autre-monde ». Où se situe l’Autre-Monde ? Est-il au-dessus, en dessous du nôtre, ou bien encore à côté de celui-ci ?

Quels sont les points de passage et les voies qui y conduisent ? Sont-ils permanents ou non ? Avec ou sans retour ? Quels sont les guides et psychopompes qui y conduisent et en gardent l’accès ? Pourquoi certaines formes de l’Autre-monde se présentent-elles comme l’inversion de notre monde ordinaire, quand d’autres en constituent plutôt une version idéalisée ? À quels substrats mythiques empruntent ces différentes versions de l’Autre-Monde ? Ce sont là quelques-unes des nombreuses questions qui ont été abordées au cours de ce congrès.

L’argumentaire détaillé du congrès

Sur le même site Calenda, sont listées dans un argumentaire détaillé les principales thématiques abordées lors du congrès de la Société de mythologie française à Brasparts :

  • Légendaire de la mort, croyances et rites
  • Légendaire des mondes souterrains, sous-marins, insulaires
  • La littérature arthurienne
  • Les autres sources médiévales
  • Les sources celtiques
  • Les contes

Enfin, les thématiques communes sur lesquelles l’intérêt pouvait plus particulièrement se porter : topographie et nature de l’Autre-monde, caractéristiques des points de passage ou des frontières entre celui-ci et le nôtre, chemins à suivre pour y accéder, etc.

Des intervenants pour une exploration inédite de l’Autre-Monde

  • Joël Hascoët, qui enseigne à l’Institut Émile Gryzon en Belgique, a soutenu sa thèse en 2010 sur les Troménies bretonnes au Centre de recherche bretonne et celtique à Brest. Il a exposé sur le site ABP que le congrès mettrait particulièrement à l’honneur les travaux de plusieurs personnalités reconnues dans le domaine de la mythologie et des traditions populaires.
  • Daniel Giraudon, spécialiste des traditions populaires bretonnes, a ouvert les communications avec une intervention sur « Le passage dans l’Autre-Monde dans les traditions populaires du bout de la terre », offrant un éclairage unique sur la richesse du folklore de la Bretagne et la manière dont il façonne les représentations de l’au-delà.
  • Bernard Sergent, historien, archéologue, linguiste, chercheur CNRS, président émérite de la SMF, a proposé une analyse comparative sur « L’abolition des frontières entre ce monde et l’Autre-Monde chez les Celtes et chez les Germains », mettant en évidence les similitudes et les spécificités de ces traditions européennes majeures.
  • Julien d’Huy, auteur reconnu pour ses travaux sur la mythologie comparée et l’analyse des récits fondateurs à l’aide des outils de l’anthropologie et de la modélisation, est intervenu sur la représentation de la mort comme voyage (en particulier le long de la Voie lactée) et les conditions de son émergence.
  • Gaël Hily, membre associé de l’unité de recherche CELTIC-BLM de l’université de Rennes 2, auteur d’une thèse sur le dieu Lugus, spécialiste du patrimoine et des traditions populaires celtiques, a apporté un regard original sur les rites et symboles associés aux seuils et aux passages vers l’invisible, en s’appuyant sur des exemples issus du territoire breton et d’ailleurs.
  • D’autres intervenants se sont exprimés sur les activités de la Confédération française des arts et traditions populaires, une singulière lecture médiévale d’Ovide, le légendaire corse ou encore une analyse du « Grand Meaulnes » à travers le prisme de la mythologie.

La présence de deux artistes de renommée internationale

  • Enfin, le congrès aura été marqué par la participation exceptionnelle du Néerlandais résidant aujourd’hui en Basse-Bretagne Dimitri Boekhoorn, docteur ès Études celtiques et artiste international aux 14 harpes de différentes époques, tailles et sonorités.
  • Et celle de Marie Chiff’Mine, créatrice de spectacles de marionnettes. Leur présence a été vécue comme un moment fort pour tous ceux qui s’intéressent à la mythologie, à l’histoire culturelle et à la richesse du patrimoine immatériel de nos régions.

Ce rendez-vous scientifique et culturel était ouvert à tous.

Erika-Graham-Goering à Oslo. Photo DR.

Traiter du pouvoir princier plutôt que du pouvoir monarchique

Une jeune chercheuse américaine enseignant à l’Université d’Oslo, Erika Graham-Goering, a centré ses recherches sur la duchesse Jeanne de Penthiève au moment de la Guerre de succession de Bretagne dans un ouvrage dans lequel elle traite du pouvoir princier plutôt que du pouvoir monarchique à la fin du Moyen Âge en France. Elle s’intéresse à l’exercice du pouvoir, en particulier par les femmes à cette période, et contribue ainsi à notre compréhension d’événements d’une importance cruciale pour l’émergence du duché en tant qu’État médiéval largement indépendant à ce moment.

Selon Michael Jones, l’auteure donne un aperçu de la vie de Jeanne et la présente de manière beaucoup plus claire que tout autre récit antérieur. L’une des forces de Mme Graham-Goering, ajoute-t-il, est sa capacité à rassembler des bribes d’informations éparses provenant de différentes périodes de la vie de Jeanne afin de dresser un tableau plus large, grâce aussi à sa découverte de nouvelles sources documentaires. Lire le compte rendu de Michael Jones sur la page des Livres d’histoire sur ce site.

Une chercheuse américaine : une importante contribution à l’histoire de la Bretagne à la fin du Moyen Âge

Erika GRAHAM-GOERING, Princely Power in Late Medieval France. Jeanne de Penthièvre and the War for Brittany, Cambridge, Cambridge University Press, 2020, 288 p.

Je dois tout d’abord souligner mon intérêt personnel pour ce livre. J’ai édité le principal corpus de documents sur lequel le livre de Mme Graham-Goering s’appuie le Recueil des actes de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre, duc et duchesse de Bretagne (1341-1364), suivi des Actes de Jeanne de Penthièvre (1364-1384), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1996 (1). Avec Bertrand Yeurc’h et l’auteur, j’ai aussi édité Aux origines de la guerre de succession de Bretagne. Documents (1341-1342), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019. Ainsi, je connais très bien les principales sources du Pouvoir princier.

Un thème clé relatif à l’exercice du pouvoir par les femmes à la fin du Moyen Âge

Le livre impressionne à de nombreux niveaux, en particulier en tant que première monographie d’une jeune chercheuse américaine, qui enseigne actuellement à l’université d’Oslo. L’ouvrage est extrêmement bien construit, avec un plan très clair exposé en détail dans l’introduction et rigoureusement exécuté dans les sept chapitres suivants. Il est écrit avec assurance et fluidité, et s’appuie sur des arguments subtils avancés logiquement, fondés sur une connaissance intime d’un large éventail de différents types de sources.

Il n’est pas conçu comme un long récit biographique de Jeanne en tant que duchesse de Bretagne mais comme un récit qui, largement déterminé par la nature des sources, est sélectif et thématique au fur et à mesure que les différents aspects de son règne sont disséqués. La discussion s’inscrit dans un cadre conceptuel solide fondé sur une lecture critique de l’abondante littérature qui a vu le jour ces dernières décennies sur des thèmes clés relatifs à l’exercice du pouvoir, en particulier par les femmes à la fin du Moyen Âge.

La grande nouveauté de cette étude : traiter du pouvoir princier plutôt que du pouvoir monarchique

Ce contexte historiographique est soigneusement passé en revue. Une grande partie de ces travaux récents ont porté sur la royauté. La grande nouveauté de cette étude est qu’elle traite du pouvoir princier plutôt que du pouvoir monarchique, ce qui permet d’identifier les similitudes et les différences entre les deux. Comme le montre Mme Graham-Goering, il n’existe pas de forme unique de pouvoir princier, de même que la nature et les ambitions du pouvoir monarchique ne sont pas uniformes dans toute l’Europe occidentale.

En outre, comme Jeanne détenait certains de ses domaines non pas en tant que duchesse mais en tant que « dame », il est également question du pouvoir « noble » et de la manière dont il diffère du pouvoir princier ou monarchique. Cette reconnaissance permet à l’auteur de fournir une analyse extrêmement nuancée du rôle de la duchesse dans la gestion de ses territoires disparates. La discussion sur le concept de « pouvoir imbriqué » est extrêmement instructive.

Des événements d’une importance cruciale pour l’émergence du duché en tant qu’État médiéval

Certains enseignements des études féministes et des études de genre, qui se sont également développées au cours de la dernière génération, sont appliqués avec soin. Je ne ferai pas de longs commentaires, si ce n’est pour dire que l’exposition exhaustive des différents points de vue semble admirablement juste, alors que Mme Graham-Goering navigue entre des opinions souvent très tranchées. Les questions théoriques ou méthodologiques soulevées par cette littérature sont mises en parallèle, de manière instructive, avec les informations très concrètes que l’auteur peut tirer de ses sources principales sur le règne de Jeanne en tant que princesse, duchesse, épouse ou co-seigneur, du vivant de son mari, et, dans des circonstances très différentes, pendant les vingt années qui lui restaient à vivre après la mort de Charles de Blois.

Dictionnaire des Monts d'Arrée. Page 1 de couverture.

Un impressionnant dictionnaire des monts d’Arrée

Ce dictionnaire, dont la sortie est annoncée pour l’automne aux éditions Skol Vreizh, est une œuvre collective et unique, dont il n’existe pas d’équivalent en Bretagne, voire en France. Rédigé sous la direction de François de Beaulieu, il a mobilisé 66 spécialistes et passionnés, des photographes, des collectionneurs, les musées et les dépôts d’archives, tant et si bien que l’ouvrage propose des centaines d’articles et d’illustrations.

Ce dictionnaire XXL fournit les clés pour comprendre comment, dans les seize communes concernées, s’est forgé un paysage, une culture et une identité, depuis le Paléolithique jusqu’aux néo-ruraux d’aujourd’hui, avec des contributions inattendues sur l’argent de poche, le tabac à chiquer et beaucoup d’autres. Il aide à prendre conscience des évolutions qui se sont produites sur le temps long tout comme les enjeux du temps présent. À lire sur ce site, dans Le Journal de l’histoire.