Aux éditions Skol Vreizh, un Dictionnaire des monts d’Arrée, sous la direction de François de Beaulieu
Les bons et mauvais points attribués aux communes
Bons et mauvais points leur sont attribués : Botmeur, Brasparts (« Tout est possible à Brasparts »), Le Cloître-Saint-Thégonnec (« La petite commune a su se doter d’une identité originale »), Commana, Lopérec (« Il [y] fait bon vivre »), Loqueffret, et surtout Saint-Cadou (grand dynamisme souligné, mais nulle mention des vifs conflits des dernières années autour des antennes relais) et Saint-Rivoal, voisins, mais séparés jadis, l’un Léonard, l’autre Cornouaillais, par le mode de succession (?) (p. 399, 698), ainsi que Plounéour-Ménez et Sizun, dans un registre différent, sont en haut du tableau d’honneur.
Brennilis, La Feuillée, Locmaria-Berrien et Plouyé suscitent une appréciation mitigée ; Berrien et surtout Scrignac et son ancienne trêve de Bolazec sont égratignés (dépopulation, résidences secondaires, agriculture intensive) [7]. Outre son mystérieux lutrin disparu, Huelgoat possède une histoire très originale de petite ville marquée par la précocité du tourisme (accès facile en train sur la ligne Morlaix-Carhaix de 1891 à 1967) : c’est là que sont prises les premières images des monts d’Arrée, en 1857, on y trouve trois hôtels avant 1914 et un syndicat d’initiative en 1923.
Les points forts de l’identité des monts d’Arrée
Ils sont évidemment scrutés, notamment à travers les entrées « Identité», « Histoire politique » (voir aussi « Résistance ») et « Histoire religieuse » (voir aussi « Missions » et « Pardons ») : faiblesse de la grande propriété et de la noblesse ; forte attention à la scolarisation (voir le palais scolaire de La Feuillée ou le collège de Huelgoat) et poids des instituteurs ; détachement précoce (dès la fin du xixe siècle) de l’Église et présence de petits groupes protestants ; défense des droits collectifs, dès au moins la Révolution (voir le cahier de doléances de Scrignac), en réaction au mode d’exploitation (quévaise) pratiquée par l’abbaye du Relecq et les hospitaliers de La Feuillée.
Ce positionnement à gauche, qui s’affirme dans les années 1870, est repéré en 1913 par André Siegfried, mène au Parti communiste, auquel une entrée aurait pu être consacrée (Huelgoat a un maire communiste dès 1920, le premier de Bretagne, et une rue Robespierre), et est accentué par la Résistance (voir l’assassinat de l’abbé Perrot, recteur de Scrignac, en 1943) dont la mémoire cultivée, qui a pu produire un certain immobilisme, a maintenu le Parti communiste à un haut niveau jusqu’à la fin du XXe siècle, le vote contestataire perdurant, lui, au XXIe siècle.
Même si ce tableau vaut peut-être davantage pour la partie est (à Brasparts, par exemple, on manifesta contre l’expulsion des sœurs en 1902 et les inventaires en 1906), les monts d’Arrée appartiennent à la Bretagne rebelle. Résistance et révolte [8] font partie de leur identité (p. 403) : « Fêtes », « Grèves », « Luttes » et « Révoltes » sont appréciées pour le sens du collectif et de la solidarité propre au génie du lieu [9]. Les associations passées ou présentes qui incarnent l’esprit des monts d’Arrée ont leurs entrées et témoignent d’une vie associative intense, qu’ont connue et pratiquée certains des contributeurs – il est dommage que l’article « Associations » n’y renvoie pas [10].
Citons les Blev hir (cheveux longs) des années 1970, comme à Kergombou, ces
« néo-ruraux » qui l’ont souvent insufflée, les lieux festifs (Gwernadour), la coopérative Névénoé (Gérard Delahaye, Patrick Ewen, Kristen Noguès), le centre Ti Menez Arre, etc. Il en naît même des lieux de mémoire : Roc’h Trédudon (antenne, qui rappelle l’attentat de 1974, et rond-point des manifestations), les cafés disparus : l’auberge de la Truite à Locmaria, Ty Élise à Plouyé, etc.