François de Beaulieu (dir.). Dictionnaire des Monts d'Arrée. Editions Skol Vreizh.

Aux éditions Skol Vreizh, un Dictionnaire des monts d’Arrée, sous la direction de François de Beaulieu

Le patrimoine bâti occupe une place plus mesurée ; comme pour l’archéologie, la plupart des entrées sont globales : architecture traditionnelle, chapelles (il en reste vingt et une), cimetières, croix et calvaires, églises, enclos paroissiaux (quatre font partie des vingt-deux retenus pour le classement UNESCO), manoirs (peu nombreux), monuments aux morts (celui de Plouyé, « le plus original », ne date que de 1955, sans que cette date très tardive ne soit expliquée), moulins, ossuaires. Saint-Herbot apparaît ainsi autant par la chapelle (trop ?) sommairement décrite, que par les grands rhinolophes qui y séjournent.

Les chapelles de Notre-Dame-des-Cieux, Coat Quéau et Loc-Ildut auraient sans doute mérité un article, comme les églises classées. Les mesures d’inscription et de classement des édifices ne sont du reste pas signalées, alors que c’est le cas pour les sites et que sont recensés toutes sortes de protections et labels « écologiques» : arrêtés préfectoraux de protection du biotope, carte communale, charte forestière du Parc naturel régional d’Armorique, espaces naturels sensibles, Geopark Armorique, programmes Life, (réseau) Natura 2000 et ses sites d’intérêt « communautaire » (?), observatoire du paysage, trames écologiques (label « Villes et villages étoilés »).

L’inventaire du monde qui s’en va ou s’en est allé

  • activités d’extraction (ardoises, granite, kaolin, plomb argentifère, tourbe et même calcite) ;
  • groupes sociaux caractéristiques : chiffonniers d’abord (les célèbres pilhaouerien), marchands toiliers, charbonniers, sabotiers et même johnnies ;
  • régimes (domaine congéable et quévaise) et usages (écobuage et étrépage, irrigation des prairies) agraires anciens,
  • pratiques sociales : alimentation, carnaval, chant (« Environnement sonore »), contes et légendes, costumes (article très détaillé, l’un des plus longs du Dictionnaire, p. 218-236) et jeux traditionnels, danse (« Gavotte du pied droit »), fêtes saisonnières, foires,
  • habitat (« Architecture traditionnelle »), mariages, rituels autour de la mort, savoirs botaniques, langue bretonne [3].

Une attention particulière est apportée aux habitants d’hier et d’aujourd’hui, depuis le premier connu, Veus, de Brasparts, à l’époque romaine : 2 320 noms apparaissent dans le (très utile) index des noms de personnes ! On s’est attaché à les identifier (voir Jean Mazé, le facteur de Brasparts, inventeur d’histoires ; les mariés des noces de Scrignac…) sur les photographies, dont beaucoup sont de type « humaniste » à la Doisneau, d’ailleurs présentes, ainsi celles de Gösta Sandberg. De très nombreux sonneurs et chanteurs sont cités (« Traditions musicales »).

Si l’on trouve des portraits d’hommes politiques, depuis les députés du cru pendant la Révolution, et jusqu’à aujourd’hui (maires, tels A. Penven), de résistants, instituteurs, naturalistes, « militants » (tels G. Cadoudal, Y. Gwernig, J. Le Crann, C. Vallaux…), rares ecclésiastiques (un seul recteur, l’abbé Perrot…), naturalistes et, plus anecdotiquement, artistes ou personnalités qui vivent dans les monts d’Arrée ou en sont originaires, Guillaume Lachater (1829-1903), sabotier illettré de Noroc’hou en Loqueffret, connu grâce à la conjonction heureuse de diverses sources, et sa fille, Jeanne Marguerite, mère de sept enfants, tous nés de père inconnu, représente « les plus pauvres et les plus obscurs des habitants des monts d’Arrée ».

Même si une seule rue, à Sizun, porte un nom de femme et que c’est comme bienfaitrice de la commune (des noms à attribuer sont suggérés, p. 309), la place des femmes est fortement soulignée (première grève de femmes en France à Poullaouen, 1767), parfois de façon un peu hasardeuse (femme au rouleau de l’ossuaire de Sizun, p. 290) [4]