Barry Cunliffe et Patrick Galliou : dix ans de fouilles au Yaudet. Deuxième partie

Volume 3.

Barry CUNLIFFE et Patrick GALLIOU, Les fouilles du Yaudet en Ploulec’h, Côtes-d’Armor — Volume 3 : Du quatrième siècle apr. J.-C. à aujourd’hui. Oxford University School of Archaeology : monograph 65. Institute of Archaeology, University of Oxford / Centre de recherche bretonne et celtique, Université de Bretagne occidentale, Oxford, 2007, 207 p., nombreuses illustrations, cartes et plans.

La publication des résultats en trois ans seulement

J’ai déjà eu le plaisir de rendre compte des deux premiers tomes livrant le bilan d’une étude historique et archéologique exemplaire. Voici le troisième ; il n’aura donc fallu que trois ans pour assurer la publication des résultats de fouilles réalisées pendant plus de dix ans, de 1991 à 2002, par une équipe pluridisciplinaire dans laquelle les chercheurs britanniques ont tenu une place éminente. Le premier tome avait présenté Le Yaudet tel qu’il apparaît actuellement et tel que nous le décrivent les sources écrites ; le second en avait entamé l’histoire de la Préhistoire à la fin de l’Empire romain ; celui-ci la conduit jusqu’à nos jours.

Tous les tessons et les fragments osseux ont été identifiés, pesés, mesurés et analysés

On y retrouve les qualités des deux ouvrages précédents aussi bien dans la forme que dans le fond. La forme d’abord. Dans une reliure attirante, le texte est présenté dans une typographie impeccable, ce qui n’est pas toujours le cas de nos jours. De nombreuses photographies illustrent 1’exposé pendant que des plans plus techniques rendent compte des étapes de la fouille. Pour alléger l’ensemble, plusieurs annexes regroupant des données primaires ont été consignées dans un texte électronique accessible sur le site www.arch.ox.ac.uk/research_projects/Le Yaudet. La céramique qui occupe les pages 147 à 173 aurait pu, en raison de son caractère très technique, y figurer également, mais, comme il s’agit largement d’une première en Bretagne, il sera plus facile de la consulter là.

L’étude elle-même ne peut que susciter 1’admiration. La fouille a été exécutée avec une rigueur et une minutie exemplaires : pour le Moyen Âge « classique », 29 605 tessons et 40 048 fragments osseux ont été récupérés : tous ont été identifiés, pesés, mesurés et analysés ! Les déductions à partir des découvertes sont menées comme de véritables enquêtes policières qui soutiennent 1’intérêt du lecteur. La variété des angles d’attaque permet de tirer des renseignements utiles de vestiges minimes ou dégradés. Souvent, ces enquêtes n’aboutissent qu’à des hypothèses sans que 1’imagination soit outre mesure sollicitée : on est presque surpris p. 120 de lire qu’une fosse pourrait correspondre à la recherche d’un hypothétique trésor… C’est seulement en conclusion que les auteurs se risquent à relier les structures du site et son évolution à celles du monde ambiant.

La grande période du Yaudet est passée : le promontoire est désormais relayé par le port de Lannion

Il faut pourtant convenir que ce volume, moins important que les précédents, ne suscite pas toujours le même intérêt. Cela tient pour une part aux contraintes de l’archéologie : les vestiges sont moins abondants ; ainsi, il n’y a presque pas de tessons, provende de l’archéologue, légués par le haut Moyen Âge, période globalement considérée comme acéramique ; de même, les monnaies si précieuses pour établir la chronologie, sont de plus en plus rares : une seule, pour tout le Moyen Âge classique.