Barry Cunliffe et Patrick Galliou : dix ans de fouilles au Yaudet. Deuxième partie
Une synthèse dans un autre ouvrage : les compétences et la passion de deux archéologues émérites
Barry CUNLIFFE et Patrick GALLIOU, Le Yaudet en Ploulec’h, Côtes-d’Armor, Archéologie d’une agglomération (IIe siècle av. J.-C.-XXe siècle apr. J.-C.), Rennes, Presses universitaires de Rennes/Société d’émulation des Côtes-d’Armor, coll. Archéologie et culture », 2015, 227 p.
Pendant douze saisons, Barry Cunliffe (Université d’Oxford) et Patrick Galliou (Université de Bretagne occidentale) ont dirigé un grand chantier de fouilles sur l’un des sites archéologiques les plus diversifiés de Bretagne. Ces deux archéologues émérites ont uni leurs compétences, leurs efforts et leur passion pour comprendre et faire comprendre l’histoire du site du Yaudet, dans le Trégor lannionais, au débouché du Léguer.
Il en est résulté trois épais volumes de comptes rendus, riches en documents iconographiques et en schémas, parus entre 2004 et 2007 aux Presses universitaires d’Oxford, en français. Ces ouvrages, rédigés en équipe, de haut niveau scientifique, étaient difficiles à trouver et relativement coûteux. Il manquait une présentation ouverte à un public plus large. Elle est désormais disponible avec le bel ouvrage de 228 pages grand format publié à 1’automne 2015 par les Presses universitaires de Rennes et la Société d’émulation des Côtes-d’Armor, une nouvelle fois réunis.
Une présence humaine relativement continue sur plus de quatre-vingts siècles
Le site du Yaudet gagne en effet ä être connu. Promontoire recouvert de verdure – arbres et landes d’abandon –, il ne laisse pas apparaître au premier abord les richesses de son passé. Faute de signalétique suffisante, il faut pratiquement une visite guidée par les archéologues pour que l’on en mesure la richesse et la diversité. La gestion du site, domaine départemental, par le seul Conservatoire du littoral, a visé essentiellement à la protection de cet écrin végétal beaucoup plus qu’à une mise en valeur patrimoniale, hormis pour la chapelle, ouverte toute l’année.
Politique réussie d’ailleurs, puisque le promontoire, ceinturé de sentiers, est un lieu de promenade exceptionnel, à la fois fréquenté et préservé, avec une vue spectaculaire sur la baie de Lannion. Il s’intègre d’ailleurs au parcours de randonnées pédestres du formidable GR34, qui offre une spectaculaire continuité côtière depuis l’arrivée dans la partie centrale du Trégor côtier vers Plougrescant, jusqu’à l’entrée dans le Trégor finistérien, après le franchissement du pont sur le Douron, entre Plestin-les-Grèves et Locquirec.
Cependant, la richesse archéologique des lieux et sa compréhension manquaient : plus qu’un simple site à la végétation luxuriante, le Yaudet révèle une présence humaine relativement continue sur plus de quatre-vingts siècles, deux fois plus que la durée évoquée par Bonaparte au pied des pyramides ! Pour se rendre compte de cet empilement de civilisations, on avait besoin d’une présentation par les archéologues eux-mêmes, puisque les trouvailles ont été envoyées aux dépôts de fouilles et que les creusements ont été rebouchés. Le mérite de l’ouvrage est de nous présenter dans l’ordre chronologique à la fois les périodes et les témoignages matériels qui étayent le propos, ceci depuis le Mésolithique jusqu’à nos jours.
Une grande époque de prospérité et d’échanges à l’époque de la Tène finale
Logiquement, les auteurs présentent d’abord le cadre naturel, la géologie et la géomorphologie du Yaudet, avec de nombreux schémas, coupes et photos.
Ces données étant rappelées, les auteurs passent au survol des périodes, les premiers vestiges datant du Mésolithique terminal (vers -6000 av. J.-C.), suivis de nombreux autres, ce qui révèle une occupation continue jusqu’à la fin de l’âge du Fer, que nous situerons à l’époque celtique ou gauloise – les Gaulois étant des Celtes ou des populations celtisées.
Le Néolithique est mieux représenté dans les trouvailles, notamment par une quarantaine d’outils de silex et des fragments de poterie, ce qui révèle la présence d’un petit groupe sédentaire pratiquant l’agriculture (haches de l’atelier de Sélédin en Plussulien). La mer présente sur trois côtés permettait une pêche d’appoint et les bois la chasse. Les objets de la vie quotidienne viennent de 60 à 90 kilomètres de là, ce qui suppose une économie d’échanges. Dans le voisinage proche du promontoire, l’âge du Bronze est marqué par de nombreuses trouvailles (pointes de flèches, poignards, haches), au sein de nombreux tumulus, souvent détruits depuis.
