Barry Cunliffe et Patrick Galliou : dix ans de fouilles au Yaudet. Deuxième partie

L’ensemble de la période connaît également de plus en plus la concurrence des textes écrits et le bâti existant, notamment la chapelle, a déjà été étudié dans le premier volume. Enfin, et sans doute surtout, la grande période du Yaudet est passée ; le promontoire est désormais relayé par le port d’estuaire autour duquel se développe Lannion et d’où doivent provenir de plus en plus les céramiques étrangères retrouvées sur le site.

Poste militaire à la fin du IIIe siècle, puis abandonné, Le Yaudet paraît retrouver cette fonction après 380 et les auteurs ne craignent pas de supposer que cette renaissance pourrait être en rapport avec l’expédition de Maxime de 383 sans toutefois aller jusqu’à évoquer Conan Mériadec… Une église flanquée d’un cimetière est ensuite établie au VIe siècle ; elle est proche d’un bâtiment à statut social élevé que traduisent les vestiges retrouvés : ce pourrait être une implantation monastique dont les légendes entourant saint Tugdual ont pu conserver le souvenir.

Peu à peu, Le Yaudet est devenu un endroit paisible

En même temps se développe un village qui entraîne l’établissement d’un nouveau parcellaire et de nouvelles méthodes de culture (fay beds qui sont des sortes de billons, cf. p. 78). On peut attribuer à cette époque le barrage au pied du promontoire, constitué de très gros blocs de granit, qui devait permettre le fonctionnement d’un ou plusieurs moulins à marée et jouer aussi le rôle de pêcherie. Mais contribuait-il vraiment à assurer la prospérité de 1’établissement monastique ?

Après l’an mil, un village purement séculier prend la place d’une grande partie des terrains cultivés au haut Moyen Âge ; il est constitué de maisons de plan ovale en pierres sèches dont le niveau social est différencié par la céramique. L’économie est une économie agricole mixte dont les ressources sont progressivement plus variées. Les céréales sont bien représentées ; leurs pourcentages relatifs varient selon les contextes, mais le seigle progresse alors que l’orge décline. L’élevage est abondant avec une majorité de bovins, puis viennent les ovicapridés (apparition des chèvres) et les porcs.

La chasse, la pêche à proximité et le ramassage des coquillages viennent compléter l’alimentation. Le faible nombre de chevaux illustre la modestie de cette petite communauté paysanne qui, désormais, à part peut-être le pèlerinage à sa chapelle, ne se distingue plus des villages environnants. Peu à peu, Le Yaudet est devenu, comme l’écrivent les auteurs pour conclure, « un endroit paisible, d’où l’on peut admirer la majesté du paysage marin et méditer à loisir à la longue histoire de la Bretagne ».

André Chédeville (†)

  • Cette recension a été publiée initialement dans le tome LXXXVI des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne paru en 2008, p. 363-365
  • Les titres et intertitres sont de la rédaction du site Bretagne Histoire.