Les liens à la Bretagne de l’éminent archéologue britannique Barry Cunliffe. Première partie

Il en ressort que la plupart des maisons ont été édifiées au cours de la Renaissance, ce qui vient ici conforter l’image de l’« âge d’or » de la Bretagne à cette époque. Puis B. Cunliffe décrit le « mur de la pêcherie » qui barre la baie à l’ouest de l’oppidum, dont 1’appareil impressionnant est déjà mentionné au XIIe siècle dans la Vie de saint Efflam. L’auteur, plutôt qu’une simple pêcherie, y voit un barrage destiné au fonctionnement d’un moulin à marée, qui serait donc plus ancien que le premier à être attesté en Bretagne en 1186 à Pencastel en Arzon (en fait, il y a une mention un peu plus ancienne en 1182 sur l’étier de Quimiac en Mesquer). On doit au même B. Cunliffe l’étude du parcellaire avec des cartes de l’occupation, puis de l’utilisation du sol depuis le haut Moyen Âge.

Le corpus complet des textes relatifs au Yaudet depuis la Vie de saint Tugdual

Enfin, P. Galliou fait l’historique des observations, des sondages et des fouilles effectués sur le site depuis le XVIIIe siècle, en fonction des grandes périodes historiques. C’est une sorte d’introduction à l’annexe A qui, sur plus de soixante pages, contient les textes relatifs au Yaudet depuis la Vie de saint Tugdual. Ce corpus est très complet avec de larges extraits d’articles et d’ouvrages, et même les rapports de fouilles inédits de P. Merlat et de L. Fleuriot en 1952 et d’Y. Garlan en 1969.

C’est une étude exemplaire, richement illustrée, agréablement présentée (on peut juste regretter quelques coupures fâcheuses de mots en bout de ligne), qui prouve que l’on peut concilier un haut niveau d’exigence chez les auteurs et un intérêt soutenu chez les lecteurs.

André Chédeville (†)

Volume 2.

Barry Cunliffe et Patrick Galliou, Les Fouilles du Yaudet en Ploulec’h, Côtes d’Armor. Volume 2 : Le site : de la Préhistoire à la fin de l’Empire gaulois. Oxford University School of Archaelogy : Monograph 63. Institute of Archaelogy, University of Oxford. Centre de recherche bretonne et celtique, Université de Bretagne occidentale, 2005, 390 p, illustrations.

Le site  du Yaudet de la Préhistoire à la fin de l’Empire gaulois.

Un an après la publication du premier volume dont j’ai eu le plaisir de rendre compte en 2005, voici le second. On ne peut que louer les auteurs et tous ceux qui les ont aidés à livrer si rapidement au public les résultats de fouilles qui se sont achevées en 2002 après onze ans de travaux sur le terrain, qu’il a fallu ensuite analyser et dont il a fallu mettre en forme les résultats. Le premier tome avait pour but de présenter le Yaudet tel qu’il apparaît actuellement et tel que nous le décrivent les sources écrites. Le présent ouvrage est consacré à l’histoire du site de la Préhistoire à la fin de l’Empire gaulois. Il en reste encore un à paraître qui traitera de la période allant de la fin du IVe siècle au début de l’époque moderne ; il contiendra aussi apparemment des annexes qui n’ont pu trouver place dans les deux premiers volumes.

Trois millénaires d’activité : l’évolution du site depuis le Bronze final jusqu’à nos jours

Le Yaudet est un endroit exceptionnel pour tous ceux qui aiment la Bretagne ; pour les historiens, c’est un laboratoire unique pour appréhender la « longue durée » de l’histoire, puisque l’on peut retracer l’évolution du site depuis le Bronze final jusqu’à nos jours, soit près de trois millénaires d’activité. La tâche, pourtant, n’a pas été aisée. Une partie du promontoire a été détruite par l’érosion marine qui a emporté au long du rivage les défenses périphériques. D’extraction généralement difficile, les pierres ont souvent été réemployées à plusieurs reprises. Surtout, les sols peu profonds n’ont guère laissé subsister de substructions importantes et les différentes époques sont, non seulement imbriquées les unes dans les autres, ce qui est normal, mais très souvent les plus récentes ont détruit ce qui restait des précédentes. Enfin, comme ailleurs dans le Massif armoricain, les sols acides ont dissous un pourcentage important des vestiges.