Les dernières avancées de la recherche sur l’abbaye romane de Landévennec
Ce dernier a aussi fondé l’abbaye Sainte-Croix à Quimperlé et celle de Locmaria à Quimper. Il est certes question de l’« ambition d’un prince [4] », mais on peut aussi souligner qu’il existe une certaine compétition : à Rennes, le duc Alain III fonde l’abbaye féminine Saint-Georges et, à la pointe Saint-Mathieu, un monastère d’ampleur sort de terre dans les années 1025-1050 [5].
Avec la contribution de Stéphane Lebecq, on aborde le domaine de l’écrit à travers un sujet qu’il maîtrise parfaitement : « Le cartulaire de l’abbaye Saint-Guénolé de Landévennec [6] ». Il revient sur sa désignation, rappelant que l’essentiel du cartulaire correspond à des « documents hagiographiques et liturgiques principalement consacrés à saint Guénolé » (p. 66), puis à quelques brèves chartes et notices dont la collation remonte au milieu du Xe siècle [7]. L’abbaye est aussi une seigneurie ecclésiastique constituée par les donations des élites laïques. Les moines possèdent des terres, principalement en Cornouaille, et des droits économiques sur la circulation des produits et des marchandises, notamment le long des littoraux.
Le cartulaire : l’ultime étape d’un processus engagé de longue date
Le cartulaire a été rédigé à la demande de l’abbé Elisuc (1047-1055), soit après la grande phase des travaux. L’écrit et le bâti fonctionnent partiellement en écho : alors que l’on construit une abbatiale autour du cénotaphe de saint Guénolé, les scribes entament leur patient labeur de copie de la vita rédigée par Gurdisten (850-880). Les documents diplomatiques qui suivent la partie hagiographique rappellent et confortent les possessions et les droits de la communauté mobilisés pour ce vaste chantier.
Alors qu’ailleurs la mise par écrit correspond souvent à la première étape pour réunir des fonds afin d’engager la reconstruction du lieu de culte, à Landévennec la cartularisation correspondrait plutôt à l’ultime étape d’un processus engagé depuis plusieurs décennies.
La perpétuation des échanges entre l’abbaye et certaines régions d’outre-Manche.
La transition avec le chapitre suivant, rédigé par Jean-Luc Deuffic, est aisée puisqu’il s’intéresse à « La production du scriptorium » au cours des années 950- 1100. Si l’on connaît principalement les manuscrits carolingiens, l’auteur montre que l’activité d’écriture reprend vigoureusement dès le retour des moines au milieu du Xe siècle, puis se tarit progressivement jusqu’à la fin du XIIIe siècle. Parmi les réalisations exceptionnelles, on notera le Missel de Saint-Vougay, « plus ancien livre liturgique encore conservé sur le sol breton » (p. 76), rédigé vers 1100 et provenant très certainement de Locquénolé, possession excentrée, puis perdue de Landévennec.
D’autres exemples, tel le manuscrit de la BnF coté « Latin 7481A », rédigé en 1042, soulignent la perpétuation des échanges entre l’abbaye et certaines régions d’outre-Manche. Ce même manuscrit évoque un autre lien essentiel de la réforme monastique : les relations avec Fécamp, relais clunisien, via Saint-Bénigne de Dijon et Guillaume Volpiano. Réforme déjà sensible en Bretagne depuis quelques décennies et qui explique en partie le projet de réédification de l’abbaye de Landévennec.
É. Vergnolle propose un dernier article sur « Le décor sculpté », riche et varié, « signe tangible de l’ambition des constructeurs » (p. 87). Elle étudie d’abord une vingtaine de chapiteaux présentant d’importantes caractéristiques communes. Parmi eux, on retient en particulier ceux situés au revers de la façade occidentale et offrant des petits personnages (acrobate) ou animaux (lion, âne), alors que ce type de décor reste rare dans la première moitié du XIe siècle. La dureté de la pierre – leucogranite et microgranite – explique en partie le caractère sommaire des sculptures, notamment les acanthes dont la représentation se diffuse depuis Saint-Benoît-sur-Loire (années 1020).
