Le monde de la mer : une histoire immédiate

Stimulante est aussi l’approche développée dans la troisième partie : Rêver et innover. Si le rêve nourrit l’innovation, cette dernière permet le rêve. Du drone sous-marin Ulyx pour l’exploration des océans à l’Hermione et ses secrets et des dernières technologies du 21e siècle à la réplique d’un vaisseau du 18e siècle ou à la renaissance de l’hydroptère donnent effectivement matière à rêver. Et aussi à espérer, quand on apprend grâce à la contribution de Marie-Lise Bourguet-Kondracki, Les molécules de l’espoir, quelles sont les perspectives médicales antivirales, anticancéreuses ou antalgiques de ces particules issues de la mer, dont il faut retenir quatre noms : plinabuline, salinosporamide A, tétrodotoxine et plitidepsine.

Rêves de toujours de la mer : actions et représentations

La quatrième partie nous entraîne vers L’océan, une inspiration infinie, prolongeant nos rêves de mer jusqu’à un univers marin parfois fantasmé. Romain Troublé propose une navigation à bord du voilier Tara voguant sur toutes les mers. Mathieu Coulange est médecin-plongeur, Benoît Stichelbaut un photographe amoureux de l’Île de Sein, et Ben Thouard qui, s’il est nageur, apnéiste et surfeur, est en même temps photographe.

Puis, l’on glisse avec les trois derniers articles dans un autre univers, aussi enchanté que les précédents, tel que l’ont ressenti les illustrateurs et les écrivains. En explorant L’illustration de la vie marine : du fantasme à la réalité, l’océanographe Michel Glémarec chemine dans un bestiaire captivant avec les monstres des profondeurs de Victor Hugo ou les coquillages de Colette et de Mathurin Méheut.

L’écrivain de marine qu’est Dominique Le Brun scrute les représentations qu’affichent les écrivains terriens, ses confrères, à propos de l’océan, « ceux, précise-t-ilmalicieusement, dont l’œuvre maritime ne résulte d’aucune expérience nautique » : vus à l’aune de ce prisme, Vercel, Pierre Mac-Orlan, Blaise Cendrars et Henri Quéffelec apparaissent sous un tout autre jour. Enfin, Dessiner et raconter la mer, le texte d’Éric Berthou se présente comme un plaidoyer pour que « l’art maritime soit au cœur de la culture […] pour rapprocher les Français et la mer [et] proposer un parcours maritime à chaque citoyen dès son plus jeune âge… »

Dense et fascinant, Secrets de mer se caractérise aussi par son extraordinaire iconographie : 400 illustrations, outre qu’elles donnent un éclat incomparable à l’ensemble du volume, rendent extrêmement concrets le propos des auteurs. Photographies et dessins, parfois en pleine page, éclairent les articles. Le profond attachement d’Éric Berthou à la mer donne ainsi l’opportunité à chacun de voyager sur l’océan, symbole de vie, de rêves et d’espoir pour tous. Si l’ouvrage apparaît aujourd’hui comme un instantané d’histoire immédiate, les historiens pourraient le percevoir dans quelques dizaines d’années comme un état circonstancié des réalisations et des représentations liées au monde maritime en ce début de 21e siècle.

Dans sa postface, Fabrice Viola, président national de la Fédération nationale du Mérite maritime, se pose la question : méritons-nous véritablement cette mer ? Il émet une condition : Si nous voulons nous dire « gens de mer », il faut mériter notre place sur les océans du globe. Les auteurs et illustrateurs de ce livre tout comme Éric Berthou sont assurément des gens de mer. Ils le prouvent par leur participation à titre gracieux à cette aventure d’édition singulière et par leur adhésion à l’initiative du directeur de l’ouvrage de reverser les bénéfices liés à sa publication à la SNSM, l’incontournable institution du sauvetage en mer.

Éric Joret, conservateur en chef du patrimoine (e.r.), Archives départementales d’Ille-et-Vilaine. Titre et intertitres sont de la rédaction.