Le GDHSSB : les qualités éminentes d’un beau livre
André-Yves Bourgès et Laurent Héry ont enrichi vingt-cinq notices de leurs connaissances particulières, respectivement aux deux extrémités du spectre chronologique médiéval. B. Tanguy lui-même s’était extrait de cette période, évoquant des personnages dont le culte n’était apparu que récemment en Bretagne, par exemple Adelaïde, patronne d’une chapelle – évinçant ainsi saint Julien – construite en 1837 par la princesse Adelaïde d’Orléans, ou Abdon et Sennen, martyrs dont les reliques furent apportées à Saint-Senoux en 1869 : le Romain Sennen semble avoir ici remplacé le Breton Cennour/Sennour.
En revanche, sont omis un saint et une sainte d’Ille-et-Vilaine, pourtant très officiellement canonisés, respectivement en 1947 par Pie XII et en 2009 par Benoît XVI : nous voulons parler de Louis-Marie Grignon de Montfort (1673-1716) et de Jeanne Jugan (1792-1879) ; leurs absences confirment que nul n’est prophète en son pays !
Ce que chaque notice nous apprend de chaque saint et sainte
Les notices suivent l’ordre alphabétique des noms des saints et saintes, constituant ainsi un fort pratique index nominum. La liste dévolue à chaque personnage comprend son nom, ou une forme restituée à partir de la toponymie, le jour de sa fête, puis sa présentation (sources manuscrites, liturgie, reliques, lieux associés).
S’ensuivent un développement synthétique plus ou moins long en fonction de la notoriété du héros, qui ne fait naturellement pas l’impasse sur les controverses chronologiques (que l’on songe, par exemple, à celles ayant pour objet les dates de la Vita prima Samsonis ou de la Vita Goeznovei), des références bibliographiques et une liste des lieux de culte par départements et diocèses. C’est ici que l’absence d’un index locorum constitue une gêne sensible.
L’auteur de ces lignes bat sa coulpe car André-Yves Bourgès l’avait sollicité dès septembre 2016 pour élaborer cet outil de travail ; cependant, effrayé par l’immensité de la tâche à accomplir, il avait prudemment renoncé… Près des 1 500 communes de la Bretagne historique auraient dû être indexées, avec des sous-index mentionnant chacun des saints vénérés dans quantité d’églises, chapelles, fontaines et noms de lieux, travail représentant combien de pages supplémentaires, augmentant par voie de conséquence le prix de l’ouvrage ?
Une somme sur les saints bretons qui fera date
Un autre inconvénient, purement subjectif, les images de Sébastien Monteil (« jeune créateur contemporain, dans l’esprit de l’école des “Seiz Breur” » selon le bulletin de souscription), de style résolument heroic fantasy, paraissent plus adaptées à un livre de contes et légendes pour enfants qu’à un ouvrage dont elles nous semblent affaiblir la portée scientifique : la jaquette de couverture montre, par exemple, un moine, crosse en main à la proue d’un navire franchissant la mer houleuse – encore avons-nous échappé à une auge de pierre –, reflet encore vivace de théories éculées sur l’émigration bretonne en Armorique…
En dépit de ces quelques critiques, qui n’altèrent que marginalement la qualité éminente de ce beau livre, nous adhérons ici pleinement à l’affirmation de Patrick Galliou, lequel annonçait fin 2015, un brin optimiste : « Paraîtra bientôt […] la somme qu’il [Bernard Tanguy] avait consacrée à sept cents saints bretons et qui fera certainement date, ultime memento mori de celui qui fut un chercheur d’exception[2].
Bien qu’émise il y a maintenant dix ans, cette prophétie s’est désormais réalisée : assurément, des générations de lecteurs s’empareront de ce monument, œuvre digne d’un bénédictin.
Philippe Guigon
- Cette recension a été publiée p. 453-455, dans le tome CIII des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne au premier semestre 2025.
- Sur ce site, le titre et les intertitres sont de la rédaction.
[1] Bien entendu – et sans que nous en ayons effectué le décompte – l’ouvrage mentionne beaucoup plus de saints que de saintes, évident reflet du patriarcat de l’Église, y compris dans une Bretagne parfois supposée matriarcale…
[2] Galliou, Patrick, Daniel, Tanguy, « Bernard Tanguy (1940-2015) », Bulletin de la Société archéologique du Finistère, t. cxliii, 2015, p. 430.
