83 Romains d’Armorique identifiés par l’épigraphie : un ouvrage parfaitement documenté et illustré
On remarquera encore que les Campanii ne peuvent avoir été conjointement prêtres de Rome et Auguste, une charge qui n’a qu’un titulaire dans chaque civitas. Patrick Le Roux a proposé d’expliquer leur évergésie conjointe par une initiative du père au moment où son fils accéda à la charge qu’il avait lui-même précédemment exercée. Enfin, le sanctuaire dont proviennent ces documents était probablement établi hors de l’espace urbain, comme c’était l’usage pour les sanctuaires de Mars, un dieu que l’on évitait d’accueillir dans des villes où il aurait pu apporter la violence.

Une belle étude du cippe de l’Africaine Silicia Namgiddeu
Vénètes, Coriosolites et Osismes sont moins bien représentés que les Namnètes et les Riédons, mais ont livré des documents d’un grand intérêt. L’examen de la dédicace fragmentaire à Canius Lucanus, un notable qui exerça la prêtrise fédérale au sanctuaire du Confluent, près de Lyon, est l’occasion d’un hommage appuyé à Pierre Bousquet ; Jean-Yves Éveillard ne néglige pas l’étude du contexte de découverte et nous informe des dernières hypothèses sur ce qui était autrefois identifié comme des thermes publics.
Le cippe de l’Africaine Silicia Namgiddeu, qui a suivi son fils jusqu’à Corseul, fait l’objet d’une belle étude typologique et d’une enquête onomastique.
Avec la dédicace du Vénète Lucius Tauricius Florens, jadis lue à Lyon avant d’être perdue, nous retrouvons un autre notable qui a dépassé l’horizon de sa petite patrie en exerçant des fonctions financières auprès du sanctuaire du Confluent et en étant choisi comme patron par deux groupes de nautes.
Peu étoffé, le corpus vénète a livré plusieurs autres dédicaces originales :
- la première a été exhumée lors des fouilles du cairn néolithique du Petit-Mont à Arzon et atteste avec un mobilier abondant des pratiques rituelles s’inscrivant dans des cadres romains ;
- comme le souligne l’auteur, il est particulièrement fâcheux que les premières lignes soient effacées, nous privant du nom de la divinité honorée en ce lieu d’une singulière épaisseur historique ;
- deux dédicaces nous renvoient au thème du remploi de monuments préromains (en l’espèce des stèles de l’âge du Fer) qui servent de support à des inscriptions ;
- enfin, une épitaphe trouvée à Sens honore un notable dont la carrière culmina avec la charge de curator rei publicae chez les Vénètes .
Sans doute est-il naïf de vouloir lier, comme nous l’avons fait, la mission de remise en ordre des finances municipales à la construction d’un monument particulier : les causes de difficultés ne manquaient pas dans des organismes civiques dont les maigres revenus ne suffisaient pas à assurer les dépenses liées à l’entretien d’une parure monumentale dont ils devraient bientôt se défaire.

Deux Osismes se tenant chacun à une extrémité du spectre social
Il n’est pas possible de s’arrêter sur tous les individus mentionnés par l’ouvrage, mais nous ne pouvons manquer de citer deux des sept Osismes qui trouvent place dans le corpus et qui se tiennent chacun à une extrémité du spectre social : le premier est un Veus, dont le nom et le portrait apparaissent sur une petite plaque de schiste dont l’editio princeps revient à J.-Y. Éveillard ; cet ouvrier trouve son contrepoint dans Caius Varenius Varus, qui fut, à au moins quatre reprises, curateur de l’association des citoyens romains résidant dans la civitas et qui appartenait probablement au milieu des producteurs de salaisons auquel l’auteur a consacré plusieurs études.
Quelle que soit leur ampleur, toutes ces notices présentent clairement les documents et les enseignements qui peuvent en être tirés, en veillant scrupuleusement à citer les travaux mobilisés. Ouvrage s’adressant « en priorité au grand public », écrit l’auteur, le volume n’en fait pas moins place, au terme de chaque notice, à la bibliographie essentielle et s’achève par un index des noms de personnes.
La dédicace à Minerve d’un tonnelier nantais
Le propos est volontairement ample, et donne au lecteur les outils nécessaires à la pleine compréhension des documents sollicités : à titre d’exemple, la dédicace élevée à Minerve par un tonnelier (cuparius) nantais, modeste et de surcroît incomplète, donne ainsi lieu à des développements sur l’utilisation du tonneau dans les Gaules romaines.
L’illustration est abondante et de grande qualité, non restreinte de surcroît à l’horizon régional ; elle ne cède pas pour autant à la tentation gratuite de la belle image et sert, avec efficacité, des objectifs pédagogiques. Jointe à une expression fluide, précise et évitant tout jargon inutile, elle facilite la lecture d’un ouvrage concis et qui remplit parfaitement les objectifs définis en introduction.
Yvan Maligorne, Maître de conférences en histoire ancienne
(1) Voir les comptes rendus de Patrick Galliou dans les Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, t. XCI, 2013
- Cette recension a été publiée initialement dans le tome CIII des Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne parue au premier semestre 2025, p. 450-452.
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