La parution d’un monumental Grand dictionnaire historique des saints et saintes de Bretagne

André-Yves Bourgès observe à juste raison « que très tôt les différents centres d’intérêt qui inspirèrent les travaux de B. Tanguy avaient convergé à de nombreuses reprises en direction de thématiques hagiologiques, lesquelles ont fini par occuper une place prépondérante dans ses recherches. » Et c’est ce qui, in fine, fournit la matière du Grand dictionnaire historique des saints et saintes de Bretagne.

Les saints de papier et ceux de la toponymie

Oui, mais comment a-t-on été reconnu comme saint et comment se fait-il qu’il y en ait autant en Bretagne ? Dans l’introduction qu’il a rédigé pour ce Grand dictionnaire historique, André-Yves Bourgès s’est astreint à une réflexion bienvenue sur le sanctoral de la Bretagne 

  • « c’est-à-dire le corpus des saints que, d’une manière tout à la fois imprécise et inexacte, mais rapide et commode, nous qualifierons ici “bretons”, parce qu’originaires ou acclimatés de l’un des neuf évêchés de Bretagne à la fin du Moyen Âge. »

Il précise d’entrée que l’ouvrage de Bernard Tanguy se place à juste titre…

  • « indépendamment de tout critère intrinsèque touchant, au sein de l’Église catholique romaine, à la sainteté elle-même, ainsi que ce qui concerne sa proclamation officielle »,

dont la papauté s’est réservé le droit exclusif à partir de l’année 1234. Dès lors, assure A.-Y. Bourgès, les saints bretons peuvent être aisément classés en trois catégories :

  • Tout d’abord ceux de l’hagiographie, constituant une sorte d’« aristocratie de la sainteté », à savoir les fondateurs des grands monastères, les premiers titulaires de sièges épiscopaux, mais aussi des personnages saisis par la folie de Dieu. Ils sont au nombre d’environ quatre-vingts, dont plusieurs sont perçus ici comme de véritables saints « nationaux ».
  • Ensuite, les saints de la liturgie, dont le culte est attesté par l’inscription de leurs noms dans les calendriers, les litanies et les martyrologes : la Bretagne conserve le souvenir d’une soixantaine de ces saints « régionaux. »
  • Enfin, les saints de la toponymie, « une machine à fabriquer des saints » en quelque sorte, cette catégorie comprenant des saints « locaux », dont seuls les toponymes auraient gardé la mémoire, de véritables « génies du lieu », innombrables en Bretagne.

Autant dire que la démarche de Bernard Tanguy se démarque de celle de multiples auteurs qui du XIXe au XXe siècle, en breton ou en français, ont produit divers ouvrages qui s’apparentent davantage à des panégyriques ou à des livres de piété.

Le comité éditorial qui a fait aboutir le projet

Bernard Tanguy étant décédé avant d’avoir parachevé son Grand dictionnaire, les éditions Skol Vreizh ont sollicité un comité éditorial de six chercheurs qualifiés qui s’est mobilisé pendant près de dix ans afin de rendre son travail accessible au public. Ces chercheurs ont également finalisé la rédaction et la préparation de l’ouvrage en vue de son édition. Ce sont :